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中法桥

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14 avril 2012

Last Day

Dernier jour à Pékin avant le retour en France. J'avoue avoir baissé en intensité dans la rédaction des articles, il faut dire que les journées étaient bien remplies ces dernières semaines.

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A Kunming, j'ai pris le temps de revoir des amis d'Ariane et de revoir Ahao. Pas mal de soirée où l'on a cuisiné, des huoguo 火锅, des jiaozi 饺子, des plats chinois ou occidentaux...

Entre temps le printemps est arrivé, et c'était agréable de faire des balades dans le parc de la ville. Un vrai poumon vert au milieu des chantiers pour le métro et l'étalement de la ville. Kunming c'est la capitale du pu'er cha 普洱茶, donc j'en ai profité pour constituer mon stock de feuilles de thé vieillies, un régal.

Fin mars, je suis parti passé une semaine à 大理 Dali, dans la campagne yunnaise, à l'ouest de Kunming. La vieille ville est l'ancienne capitale d'un royaume conquérant de la région sauvage du Yunnan, elle a même été le siège d'un califat musulman à la fin du XIXe.

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Aujourd'hui, c'est une ville touristique qui attire des curieux de toute la Chine et d'ailleurs. Ma soeur s'y est installée il y a 5 ans. Elle loue une maison dans un village sur les contreforts de la montagne qui surplombe le lac. Une atmosphère calme dans ce village rural qui est pourtant troublée tous les ans au mois d'avril, pour la fête du troisième mois (lunaire) 三月节. A ce moment des paysans des régions alentours transportent leur bardas et viennent vendre des graines, des épices, des plantes médicinales, des fruits séchés et autres produits exotiques, il y a aussi des bêtes (vente de chevaux, de mules, de vaches...).

Du coup le petit village se transforme foire commerciale provinciale populaire. C'est vivant et animé et ce pendant près d'un mois !

Quand à moi, j'ai profité de ces quelques jours ensoleillés pour me prélasser au soleil dans la cour. Le soir on cuisinait avec la colloc' d'Ariane et son copain venu de mongolie intérieure. On a passé la plupart des soirées à jouer au billard dans les bars de la vieille ville avec d'autres collègues de passage ayant quitté la fureur des grandes villes (Pékin, Shanghai) pour profiter de la qualité de vie dans le Yunnan...

De bons moment donc!

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Depuis une semaine je suis à Pékin. Ariane m'a rejoind mercredi, et depuis on sillone ce qu'il reste des hutongs de la capitale depuis notre Guest House aménagée dans l'une d'entre elle, entre les murs d'un ancien siheyuan.

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On en profite aussi pour revoir des amis de différents milieux qui sont venus s'installer à Pékin. Bian Jiang, un ami qui a vécu à la frontière birmane et qui s'est lancé dans le commerce de la Jade, Wangke une copine tattoueuse du yunnan, Lucile une française qui s'est lancée dans le commerce d'art contemporain et Aude, une copine de sciences po lille bientôt en stage chez Veolia environnement...

Et si c'était Pékin et non Shanghai la vraie ville cosmopolite?

Je décolle demain, prêt a assurer mes responsabilités de Citoyen!! : D

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有春天无所谓

“le printemps est arrivé, je m'en moque !" Hanhan 韩寒

 

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24 mars 2012

Bienvenue dans le YUNNAN 云南

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Après 35h de train couchette (et non pas 15h comme j'avais cru le lire...) et de conversation politique effrainée avec 吴浪 Wulang, une jeune diplômé de Shanghai qui rentre chez sa famille (paysans du Guizhou 贵州) pour chercher un emploi après avoir étudier un an en Suède les droits du travail et la protection sociale scandinave 劳动保障, sur l'état de l'Europe, la crise, les élections, la qualité de vie à la campagne chinoise comparée au stress de la ville, le niveau de vie des paysans du 苏州 (la province de Shanghai) qui s'améliore (un groupe de paysans shanghiens partagent notre compartiment ils partent en vacances à 香格里拉 Xianggelila, une ville tibétaine transformé en centre touristique pour Han il y a 5 ans) etc... je suis arrivé il y a trois jours à Kunming 昆明, la capitale du Yunnan.

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C'est dans cette province qu'Ariane ou plutôt Feifei, s'est installée il y a ... 12 ans. Venue pour suivre des cours de danse à la fac des minorités 云南小数民族大学, elle est tombée amoureuse du pays, pour y rester plus de dix ans.

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C'est grâce à elle (et à mes parents) que j'ai découvert la Chine, en commençant par le Yunnan. Littéralement au Sud des nuages, la province à l'extrême Sud Ouest de la Chine porte bien son nom. Les contreforts de l'Hymalaya forment une barrière qui ne laisse passer que très peu de nuages. Situé dans une zone tropicale, mais perché sur un plateau à plus de 2000m d'altitude, le climat y est très doux quasiment toute l'année. Il fait environ 20° en ce moment et un grand ciel bleu. Rien à voir avec le temps de chien et la pollution de Shanghai.

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C'est une région rurale. Même si Kunming compte aujourd'hui plus de cinq milions d'habitants, ce n'est qu'une petite ville à l'échelle chinoise. Elle se développe trop vite à mon goût mais elle a garder de son charme, avec son centre ville adossé à une colline, la rue de la forêt de la connaissance 文林街 wenlinjie, où l'on apprend davantage une bière à la main, et ces platanes caractéristiques plantés par les missionnaires français à la fin du XIXe siècle qui donne son ombre et son charme à la ville.

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Le Yunnan est la région des minorités ethniques, plus de 24 groupes ethniques différents se partagent les montages, les terres fetiles du Xishuangbanna tropicale et les terraces de rizières de YuanYang. A Kunming de nombreux paysans viennent vendre leurs produits sous des marchés couverts qui n'ont pas changé depuis une cinquantaine d'années.

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Je profite de ce super temps pour retrouver des amis de longue date, un copain tibétain rencontré par sérendipité 缘分 (yuanfen) lors d'un long trajet en bus dans le Sichuan il y a trois ans. Depuis on est resté en contact. J'avais passé le nouvelle an chinois 春节(chunjie) chez ses parents dans le Gansu, une région pauvre et perdue au Nord Ouest de la Chine (juste à côté du Xinjiang). On avait eu l'occasion de sympathiser par moins vingt degrès en plein mois de janvier. A l'époque il était danseur avec une troupe tibétaine. Depuis il a "migré" vers le Sud, à Kunming, pour retrouver sa copine issue de l'ethnie Yi qui travailler avec une chanteuse chinoise connue Yangliping qui fait connaitre la culture des minorités du Yunnan par ses chansons. Conscients de la transformation de la Chine et de la perte des traditions, ils veulent se lancer dans la confection de bijoux s'inspirant des styles Yi, Miao, Dai, Bai et Tibétains (Zang). Je vais essayer de leur donner un coup de main car leur projet est sympa, en plus de leur business ils veulent mieux faire connaître les cultures des minorités en Chine (où elles sont ostensiblement ignorées ou caricaturées) et à l'étranger où elles sont mal connues.

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En attendant je suis super bien accueilli par Jason, un très bon copain d'Ariane, qui parle anglais, français et qui est passionné par l'Italie, il y a déjà été deux fois pour apprendre l'italien et ne devrai pas tarder à y retourner peut-être y vivre! C'est ma porte d'entrée vers la communauté sino-étrangère qui bouge à Kunming, ce qui annonce beaucoup de Pijiu 啤酒 (bières) !

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24 mars 2012

Menace sur la Chine


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La pire menace qui pèse sur la Chine est de devenir l’identique de l’occident. Le processus est déjà en cours. Les paysans quittent les campagnes à la recherche d’un meilleur niveau de vie, en ville. Les anciennes maisons sans eau courante ou électricité laissent peu à peu la place à des immeubles de verres et d’acier flambant neufs. Les élèves s’acharnent sur des piles de devoirs chaque année plus épuisantes et oublient de sortir se changer les idées, discuter avec leurs collègues ou approfondir leurs hobbies. Les parents s’inquiètent pour leur avenir, en même temps que pour leur retraite et pour la santé de leurs parents. Les mendiants s’exhibent dans les rues à la vue des pinups endimanchées avec la dernière mode. Les vélos ont disparu des ruelles, chassés par les quatre-quatres dans les grandes avenues. Les téléphones portables remplacent les mains serrées au hasard d’une rencontre. Les chauffeurs de bus ne s’adressent plus aux passagers, désormais anonymes, depuis que la dernière ligne de métro relie les quartiers résidentiels aux centres commerciaux du centre ville. Les vendeurs de rues ont vu diminuer leurs clients, depuis les fast-foods sont entrés en concurrence sur le marché, avec leur salles chauffées et leurs plats pré-cuisinés. Les grands-mères ne se réunissent plus sur les trottoirs en fin d’après-midi pour partager le thé en pyjama, depuis que leurs enfants leurs ont acheté un appartement au quarante-troisième étage d’une résidence sans teint. Les animaux de compagnie tentent au mieux de remplacer les enfants partis étudier à l’étranger dans le coeur des parents esseulés. Les cuisiniers ne s’appliquent plus à proposer les plats traditionnels depuis que le ketchup et le tabasco sont apparus sur les tables des restaurants branchés…
Ca y est la Chine “nous a rattrapé” elle arbore les mêmes panneaux publicitaires, les mêmes marques, les mêmes voitures et téléphones portables. Les mêmes vêtements ternes déambulent   dans les rues, les mêmes musiques d’ascenseur embrument l’atmosphère de la ville d’une intense pollution sonore. Les grues valsent nuits et jours dans les quartiers périphériques pour démocratiser les joies de la propriété au plus grand nombre, emportant dans leur va et vient incessants les dernières traces d’une culture millénaire.

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L’objectif est atteint, cette modernité idéalisée, que nous avons si bien su vendre. Le confort d’une vie urbaine simplifiée à l’extrême. Les trajets quotidiens entre le supermarché, le bureau et l’appartement, les promenades mécaniques dans le parc à l’affut de la moindre sensation, une faible brise, un petit rayon de soleil… Les séances de thérapies dans les nouveaux centres commerciaux, quelques heures d’évasion au coeur de paysages exotiques, chacun peut profiter de couchers de soleils pré-imprimés dans des températures tropicales méthodiquement re-créées à toute heure de la journée. Pour les mélancoliques, une dose de nostalgie est disponible dans les centres villes réaménagés, quelques toitures cornues, un simili brique, quelques rajouts de bambou et l’affaire est dans le sac. Et pour ceux qui ne supporteraient pas le voyage dans le train du progrès, il est possible de se payer un séjour authentique à l’autre bout du pays, dans une région mystifiée, où les peuples indigènes et incultes ont été incapables de s’adapter à la magie de la modernisation. Leurs chants tribaux et leurs danses primitives permettent à chacun de retrouver le courage nécessaire pour contribuer à la marche vers …
C’est toute la question. Quel avenir ? Quel futur à la croissance, au progrès? Le même avenir peu glorieux que l’Europe en pleine crise? Impossible. Le déni collectif comme aux Etats-Unis? Pas assez de place pour deux.

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La Chine perd-elle son identité? Oui. Pas la peine d’un débat sur l’identité nationale pour se rendre compte que l’incapacité de valoriser l’apport culturel de ses minorités traduit les mêmes frustrations issues de la modernité que celle que l’Europe connait. Que restera-t-il des millions de mètres cubes de béton entassés chaque année pour loger les nouveaux propriétaires dans les nouveaux poulaillers humains dans quelques années? Le même destin que nos barres de logements sociaux réservés aux émigrés venus profiter de la croissance et de l’urbanité?
Quelle sera l’héritage des parents chez les jeunes devenus adultes qui auront passé leurs plus belles années à se battre dans une compétition acharnée pour avoir une place à l’université et dont 20 à 25% sera confronté à l’implacable loi du chômage naturel? Quelle sera la culture d’une nation d’un milliard et demi d’individus hyper-individualisés sans autres attaches que les guanxi, ses relations intéressées et indispensables pour se frayer un chemin dans la jungle de l’égoïsme et de l’économie de marché? Quelle place - sans doute congrue - sera réservée à la nature dans la mégalopole chinoise qui reliera Beijing à Hong-Kong et Canton à Kunming? Quelles idées nouvelles permettront de survivre dans l’air polluée des grandes villes, la poussière des chantiers, l’obscurité des mines et l’étouffante redondance du quotidien? D’où viendront les innovations quand les minorités auront abandonné les derniers restes de leurs spécifités culturelles pour se fondre dans la “Hanité”? Où se feront les rencontres inopinées entre deux âmes-soeurs quand les trajets en TGV permettront de relier Shanghai à Ulumuqi en quelques heures?  Qui préfèrera se déplacer plutôt que d’envoyer un message de réconfort sur QQ (MSN) à son ami lorsqu’il aura un petit coup de blues? Qui sera assez fou pour prendre le risque d’offrir un cadeau d’anniversaire qui déplaise quand il sera si facile d’offrir une pochette cadeau prête à empaqueter?

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Quelle raison de voyager quand la seule différence entre la Chine et le reste du monde sera le contraste entre la couleur du ciel et celle de la peau? Les sacs GUCCI? Les Lamborghini? Les parfums Chanel? Mais tout cela s’exporte facilement… Alors que restera-t-il de l’originalité des peuples et des traditions … plus rien, elles auront disparu. La plus grande menace sur la Chine… C’est elle même. C’est son succès. C’est la modernité. C’est l’uniformisation.

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7 mars 2012

Shanghai de faguoren 上海的法国人

 

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Je suis arrivé à Shanghai il y a dix jours et il est difficile de décrire ce que je ressens en revenant sur les traces d’une des années les plus marquante de ma vie. Vivre à l’étranger est toujours une expérience originale, mais partir quand on est jeune, alors que l’on est encore en train de se construire personnellement, que l’on devient adulte, je pense que cela nous transforme encore plus profondément.

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Quand je suis arrivé à Shanghai en août 2008, je ne savais pas quoi attendre d’une telle expérience. J’espérai devenir un “vrai chinois”, assimiler la langue, la culture, les idées… Pourtant trois ans et demi plus tard, je ne suis pas encore chinois. La langue bien sûr, il n’y a rien à faire, même avec un bon niveau -celui qui vous permet de vous faire complimenter quand vous commandez un plat de nouilles sautées dans la rue, ou lorsque vous entamez une conversation enflammée sur le statut de la France dans le monde avec votre chauffeur de taxi ou le vendeur de dvd au coin de la rue. Mais en réalité, la langue chinoise renferme bien plus que des mots. Elle donne corps à toutes la culture, à toute la pensée chinoise. Ses caractères, ses tons, sa syntaxe, chacun participe pour faire de la langue chinoise 汉语 / 中文 (langue Han / culture chinoise) cet univers hybride et nuancé où la manière d’introduire les mots en dit plus que les mots eux mêmes.
Dix ans que je côtoie cette langue. C’est la sixième fois que je me rends en Chine. Et pourtant je me laisse toujours surprendre par les possibilités de ce langage, de cette manière de penser, de ses subtilités et des liens mentaux qu’il permet de tisser.

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Mon ancien immeuble à Hongkou

Partir en Chine pour devenir chinois. Quelle idiotie ! Il me fallait être bien naïf pour poursuivre un tel objectif.
Entre temps, j’ai pris de la bouteille, et mon but n’est plus de comprendre “la Chine”, mais simplement de saisir des opportunités et de faire des rencontres, ici, de changer de point de vue afin d’en apprendre peut-être davantage sur moi-même que sur ce pays…
La Chine n’est qu’un support, c’est un continent, un pays, une culture, un monde à part, mais c’est avant tout un support pour libérer ma pensée, la mettre à nue face à d’autres visions et d’autres conceptions du monde ; mais aussi la mettre en ordre de bataille, l’armer de la seule force de l’expérience et de l’argumentation pour se frayer un chemin dans ces terres inconnues. La parachuter dans un désert apparent, car fatiguée de sa propre solitude elle sera réellement à même de dénicher ses semblables, de trouver des amies là où elle n’aurait vu que des différences.
Aussi, jamais je ne parle de la Chine, dans ce blog. Je parle du chinois rencontré dans un restaurant de Pudong, derrière le site de l’Expo, entre midi et deux, autour d’un plat de 鱼香茄子 (aubergines sautées dans une sauce caramélisée), je raconte une rencontre avec un vieux shanghaien à la retraite, qui est venu me voir griffonner un croquis de sa vieille baraque menacée de destruction et qui me montre ses photos de famille lors de son dernier voyage au Xinjiang, je raconte les discussions endiablées avec Hamsa et Shailesh, mes coloc’ du moment, dans les dorms de Fudan, où ils finissent leur cinquième année de médecine -en chinois- alors qu’ils viennent de Fez ou de Katmandou.

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Shailesh, un très bon copain népalais

Ma Chine, Shanghai, c’est un gros melting pot, une ville monde, une ville ségréguée, une ville mondiale et mondialisée, des quartiers historiques en piteux état jouxtant les mêmes bâtiments réaménagés pour les plus fortunés, ce sont les tours et les grattes ciels qui font s’enfoncer d’un centimètre et demi par an le béton de Pudong dans ses marécages, ce sont les autoroutes urbaines à six voies surélevées sur quatre étages et illuminées la nuit par des néons bleus, ce sont les ruelles nauséabondes traversées par les vélos pick-up et les chats errants du côté de Nanpu bridge…

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La vie de rue ne peut se résumer à quelques lignes dans une revue fut-elle de sociologie, ce sont des sacs Lompchamps et des chaussures Mariano qui sortent d’un centre commercial dernier cri de huit étages mais c’est aussi la grand mère qui va acheter son poisson frais au marché du coin et en pyjama.
 
Mais c’est sans doute concernant la nourriture que la diversité n’a pas d’égal. Il y a d’abord bien sûr, les brochettes de rues, les xiaofan 小饭 et les 麻辣烫 (malatang) ou l’on trouve des riz sautés et des nouilles sautées à toute heure du jour et de la nuit, mais aussi des assortiments de légumes et de boulettes de poisson en tout genre, bouillie dans une sauce “goût beurre de cacahuète”. Plus original, on peut acheter dans de petites échoppes d’où s’échappent d’immenses volutes de vapeur, les 包子 (baozi) et les 小笼包 (xiaolongbao), ces raviolis fourrés à la viande de porc ou aux crevettes dont la peau varie de la pâte de riz la plus fine à la mie de pain épaisse et spongieuse. Il y a aussi les restaurants aux spécialités diverses, les 火锅, fondues à la chinoise, où les étrangers sont bien en peine de choisir parmi une liste interminable de condiments, lesquels seront plonger dans l’huile bouillante, la plupart du temps pimentée. La huoguo est a n’en pas douter l’équivalent chinois du “Salad bowl” à l’américaine, vous pouvez trouver dans la même casserole des carottes en tranches discutant avec des lamelles de boeuf cru en train de bouillir, des têtes de poissons s’allier avec des champignons et des coeur de salade pour donner du corps au bouillon, mais aussi des cubes de tofu, des patates, du choux-fleur -et j’en passe- donner à la huoguo fumante, son goût et ses couleurs. Agrémentez le tout d’une ou deux Tsingtao 青岛, la bière locale brassée dans la ville du même nom, une ancienne colonie allemande, et vous aurez un parfait repas chinois.


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Pour ceux qui voudrons s’offrir un repas à l’occidentale, ce n’est pas le choix qui manque entre les dizaines de chaines de restauration rapide qui se partagent la ville : Mcdo, KFC, Burger King, Carl’s Jr., Pizza Hut, Domino, Ajisan et j’en passe. Il y en a des milliers, dans chaque “Food Court” bien sûr, dans chaque centre commercial, à chaque carrefour ou Family Mart, ce sont surtout les jeunes chinois qui viennent y “déguster” la gastronomie occidentale, la plupart du temps parce que ce n’est pas cher, chauffé et que l’on peut squatter après le repas sans risquer de se faire sortir par le vigile. Aussi, en l’absence de café bon marché, les fast-food sont malheureusement le lieu d’intenses rencontres formelles et informelles, entre étudiants, amoureux, collègues… mais aussi des bibliothèques improvisées (on y capte le wifi gratuitement) et de potentielles alternatives aux toilettes publiques gratuites, mais en plus propres, si indispensables aux grandes villes asiatiques, car on y est toujours loin de chez soi.

Il y a aussi les “fancy restaurants”, ceux où l’on y mange de la “nouvelle cuisine”, ou des mets aux improbables vertus médicinales (l’alcool de serpent macéré, pour la circulation du sang? les testicules de taureau étant, parait-il, une excellent alternative au viagra pour ces messieurs). On a le choix entre ceux dans le style chinois, organisés autour de grandes tables rondes avec un plateau de verre tournant pour faire partager les plats commandés par l’hôte, ou bien les tables bases et les fauteuils en cuir des salon dans les hôtels chics.


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Chaque quartier à une ambiance et une architecture différente. Auparavant je vivais à 虹口 Hongkou, dans le Nord Est de la ville, près de la fac de 复旦 (Fudan). Je suis aujourd’hui dans le Sud Ouest, dans l’ancienne concession française, près de 徐家汇 Xujiahui. Ici, la majorité de l’espace au sol est occupé par des grandes bâtisses de styles victoriens, des manoirs ou des villas avec leurs jardins et leurs annexes pour domestiques. Toutes ont été construites entre la fin du XIXe et les années 1930 par des architectes français, américains ou allemands. Là-bas à Hongkou, il y avait aussi quelques grandes bâtisses qui abritaient les familles juives de la métropole cosmopolite de l’Orient, pas loin des premières usines et des docks sur les rives du Huangpu. Depuis des immeubles champignons ont poussé sur ces eaux humides. Xujiahui accueille les sièges sociaux de grandes entreprises chinoises dans des tours de verres, tandis que les consulats et les ambassades ont conservé les plus belles villas. A Hongkou, des immeubles de béton d’une vingtaines d’étages surplombent les anciennes maisons, l’organisation a changé, elle a muée de l’horizontal vers le vertical mais le quartier est toujours résidentiel, excepté sur les grands axes qui le traversent, Sichuanbeilu et Sipinglu où les commerces et les banques se sont agglutinés.

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Bâtisse à Xujiahui / anciens Lilong à Hongkou


Enfin, je profite de mon temps libre pour aller à la découverte des parties inexplorées de la ville. Les hangars et les usines de la zone industrielle du Nord Est, au delà de Wujiaochang, les ruelles encombrées de la vieille ville plus au sud du très touristique Yugarden, les nouveaux quartiers résidentiels de Pudong, à quelques km au sud du site de l’Expo Universelle, ou les quartiers évoluant plus lentement que le Bund et le centre ville, au Nord Ouest, le long de la Suzhou Creek, où se mélangent les anciens Shikumen (quartiers labyrinthiques qui rassemblent pas blocs quelques centaines d’habitations de un ou deux étages et dans lesquels vivent dans une relative promiscuité des milliers de familles, mais dont l’architecture est typique du Shanghai des années folles) avec les nouvelles tours de bureaux ou d’habitation.

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En général pour mes expéditions, je prends le métro et je sors à la première bouche qui m’inspire, un coup d’oeil sur la carte du quartier et je me perds volontairement, guidé par mon instinct, attentif à tout indice, disponible, je laisse la sérendipité orienter mes pas vers les vendeurs de brochettes loquaces, les bâtiments à l’architecture superbe mais camouflée par l’usure du temps, le parc récemment aménagé où se retrouvent les personnes âgées du coin et les enfants, j’essaye de comprendre le principe organisateur qui donne de la cohérence à ces espaces, à ces vides et ces pleins, je cherche des indices dans l’agencement des formes, dans le contrastes des couleurs, mon objectif capture un ou deux de ces angles de vue et je reprends ma route vers l’inconnu.

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Voilà de quoi sont faites mes journées à la découverte de Shanghai, de ces habitants et de sa vie populaire.
Le soir, je rentre aux dorms, les pieds en compote et le nez qui coule (il fait froid et gris à Shanghai en hiver), on boit un thé ou on commande un plat avec les collègues et on échange sur leur dure journée de labeur, leurs aller-retours entre les bureaux d’une administration kafkaïenne à Fudan, mes découvertes et mes rencontres… Et puis le téléphone sonne, un collègue nous propose d’aller boire un verre dans un bar du centre-ville, ou de rejoindre d’autres amis dans un restau fêter un anniversaire. On monte dans le premier taxi et nous nous apprêtons à profiter de la vie nocturne shanghaïese.

5 mars 2012

La Chine s’est réveillée.


Compte rendu de recherche

Lundi 4 mars 2012, Shanghai

Première expédition réelle dans la ville. Observation dans les quartiers Nord Est de Puxi, zone industrielle, beaucoup d’usines, des bidonvilles, du résidentiel de promiscuité au milieu des usines, seulement des petits commerces et de la restauration de première nécessité.

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Près de la station de métro Xianyin lu, sur la ligne 10, je tombe sur un nouvel espace artistique Zen Dai Contemporary Art Exhibition Hall sur le modèle Moganshan lu, le lieu est en pleine rénovation, de grands hangars sont réaménagés, une cour centrale est  décorée pour servir de scène urbaine pour la prise de photo de mariage (un business qui marche super bien en Chine). Certains hangars abritent déjà des galeries ou des studios d’artistes, parfois les deux, d’autres sont vides ou en train d’être transformés.
Une exposition est en préparation pour la semaine prochaine, il y a peu de monde, surtout des travailleurs du bâtiments qui s’affairent avec des charrettes et un petit groupe de photographes autour d’un couple de mariés (le temps de la photo). Dans certains bâtiments il y a aussi des cadres dans des bureaux et juste en face des travailleuses qui cousent des habits. Je rentre dans le Old Cedar Café un loft aménagé avec du vieux cèdres et des briques pour donné un côté usagé.

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Discussion avec la responsable du bar, une femme âgée d’une quarantaine d’années, des petites lunettes, propre sur elle, je ne sais pas si elle est la patronne du bar ou simplement une employée. Je penche plutôt pour la deuxième hypothèse, car dans ce type d’espace tout appartient généralement à une même entreprise ou à une administration en charge du site (réaménagment et fonctionnement) et accueil des artistes et des expositions.

Nous échangeons pendant une heure ou deux car nous sommes seuls dans le bar.

- “ Vous les étrangers pourquoi vous soutenez le Dalai Lama ? ”
C’est par cette question qu’elle m’interpelle. Elle parle vite et je n’arrive pas à suivre tout ses arguments mais s’ensuit une discussion politique intéressante quand je lui explique que je suis là pour faire une recherche sociologique.

La question tibétaine est un vrai objet d’incompréhension entre chinois et étrangers. Elle me demande pourquoi nos gouvernements semblent s’opposer systématiquement à la politique chinoise. Et sur ce point elle n’a pas tord. Nos media ne s’intéressent à la Chine que pour reporter les aspects négatifs de la Chine. Même s’ils sont nombreux et s’il est importants de les connaitre et de les souligner, nous ne pouvons certainement pas comprendre un pays en nous focalisant uniquement sur ses aspects négatifs. C’était l’essence de sa question, même si elle reconnaissait qu’inversement les media officiels chinois ne laissent filtrer que très peu d’avis divergents comparés à la politique menée par le gouvernement.

C’est l’essence de ma réponse, “nos gouvernements et nos media estiment qu’il faut laisser s’exprimer les voix divergentes pour faire avancer le débat public. Il est nécessaire de laisser une place à toutes les idées de s’exprimer pour permettre aux gens de se forger leur propre pensée. S’ils acceptent de laisser s’exprimer les avis contestataires chez eux, nos gouvernement estiment qu’il est nécessaire d’aider les dissidents à l’étranger de s’exprimer également.”

Ce qui nous emmène à la question de la culture dominante et de l’expression des religions minoritaires.
- “ En France, comme en Chine, nous avons un régime séculier et laïque, ce qui signifie que non seulement nous n’avons pas de religion d’Etat (contrairement à d’autres pays européens) mais encore que nous protégeons toutes les religions et garantissons à chacune les mêmes droits.”

- “Oui, je comprends, mais il est nécessaire de conserver sa culture. Comment pouvez vous intégrer toutes les cultures et les religions? Chacune à des coutumes différentes, et il est impossible pour le reste de la population d’intégrer les cultures de tous les migrants. Par exemple, le Nouvel an chinois est un évènement très important pour nous, et dans votre pays, nous ne pouvons pas le célébrer de la même façon. Les français ne s’intéressent pas au Nouvel an chinois, c’est pour cela que nous le fêtons entre nous, et quand nous le pouvons, que nous rentrons chez nous pour le célébrer.”

- “ C’est vrai qu’il n’est pas possible pour un pays d’abandonner sa culture. Mais en France, l’approche culturelle est différente. Nous sommes depuis plusieurs siècles un pays d’immigration. Ce qui signifie que nous acceptons les immigrants avec leurs cultures, leurs religions et leurs idées. Bien sûr nous leur demandons de parler le français et de comprendre notre propre culture. Mais le principe de la laïcité et de donner une place à chacune d’entre elles et de permettre des métissages, des hybridations. Dans le contexte de la mondialisation, aucun pays n’est épargné par les migrations, et bientôt la Chine sera également de plus en plus un pays d’accueil pour ces migrants. Les pays les plus riches sont habitués aux problèmes culturels posés par l’immigration. En France, ces questions sont au coeur des débats politiques qui animent la société. Quelle place peut être donnée aux cultures halogènes. Comment faire coïncider notre propre héritage avec ces sources de renouvellement pour la culture d’accueil. Il n’est pas possible pour une Terre d’immigration d’être imperméable au background des populations qu’elle accueille. Elle a besoin d’évoluer, pour pouvoir les assimiler et pour se régénérer et se réinventer.”

- “ Nous n’avons pas ce genre de problème? Mais bien sûr que ci ! la Chine connait un mouvement d’immigration similaire. Il y a chaque années des millions de migrants qui arrivent dans les villes, et nous avons des différences culturelles importante, des religions différentes, des langages et des cultures différentes.”

- “ Oui, c’est vrai. Mais dans les années à venir, cet enjeu va s’accroître et bientôt, il y aura des gens qui émigreront de partout pour s’installer en Chine, d’Afrique, d’Amérique latine, d’Europe… Comment pensez-vous pourvoir les intégrer ? ”

- “ Sous Chirac, vous aviez en effet cette volonté d’intégrer les cultures différentes et de protéger les minorités ethniques et religieuses, mais j’ai l’impression que les choses ont changé. ”

- … (Surpris !) -
“ En effet, nous avons changé de président et le nouveau ne voit pas les choses de la même façon. Il considère que l’immigration coûte cher et qu’elle représente un danger pour l’économie. A vrai dire, c’est le cas de beaucoup de monde en Europe et c’est la raison pour laquelle, la question de l’immigration est au coeur de la politique chez nous… Quelle perception avez vous de l’Europe en Chine ? ”

- “ L’Europe, bien sûr ça semble une bonne idée et ça vous a permis de faire la paix après la deuxième guerre mondiale. Mais là encore, sous Chirac, les choses semblaient plus claires, notamment la collaboration avec l’Allemagne. Depuis, on a l’impression que vous n’avez plus de projets communs, vous ne savez pas vers où aller.”

- “ C’est vrai qu’en ce moment nous manquons d’un projet unificateur. Notamment maintenant que nous sommes 28, il faut une vraie dynamique pour unir les pays et ce n’est pas facile.”

- “ Oui, l’Europe n’est pas une puissance politique, ni une vraie puissance économique. Le Royaume-Uni suit les Etats-Unis sur tous les fronts et il semble qu’il n’y ait que l’Allemagne qui soit une puissance économique. Comment ça se fait que vos entreprises aient tant de mal à s’exporter à l’international, on dirait que vous n’arriver pas à vous adapter aux règles du jeu international.”

- “ C’est vrai en ce qui concerne l’économie… Nous avons des grands groupes qui se sont internationalisés dans les années 1990’s et qui exportent depuis sur les marchés internationaux mais cette dynamique et allée de pair avec les délocalisations pendant l’ouverture des marchés due à la mondialisation. Le problème c’est que ces grands groupes “français” ne sont pas patriotiques. Ce qui les intéressent c’est le profit, ils se déplacent là où ils ont des opportunités pour s’enrichir. Une partie du succès économique chinois vient de investissements étrangers, qui sont en réalité un transfert de l’argent accumulé par ces groupes en dehors des frontières du pays. C’est cela qui est à l’origine de la crise économique en Europe, nos principaux groupes investissent à l’étranger et licencient les salariés français. Les politiques sont incapables de mettre en place des règles sérieuses qui les contraignent, ce qui aboutaient à un appauvrissement du pays. En fait, la globalisation ne profite pas aux pays riches mais simplement aux grands groupes internationaux.”

- “ Oui, c’est vrai. Je trouve ça équitable. Tous les pays ont le droit de se développer et la globalisation, la mobilité des capitaux permettent aux pays moins développés d’attirer les investissements et de s’enrichir à leur tour. Il n’y a pas de mal à cela. Pour l’instant, le coût du travail est moins cher en Chine, les entreprises investissent à Shanghai. Plus tard ce sera à Chengdu, puis en Indonésie, puis au Vietnam, comme ça, tous le monde à sa chance.”

- “ Je comprends votre point de vue, et effectivement, il est important que chaque pays est l’opportunité de se développer. Le problème c’est que les entreprises font ce qu’elles veulent et que les pays n’ont plus aucune marge de manoeuvre pour contrôler ces flux. Un jour, quand le coût du travail sera plus haut, elles quitteront la Chine et vous connaitrez les mêmes problèmes que nous, la désindustrialisation, le chômage…”

- “ Oui, mais c’est la règle du jeu. Pour l’instant Shanghai attirent toutes sortes de capitaux, mais elle va se spécialiser, elle ne veut plus d’industries polluantes, et elle commence à se concentrer sur le commerce maritime et la finance. New York, Londres, Tokyo, chaque ville entre en compétition et il faut se spécialiser, mais on dirait qu’en France vous êtes incapables de vous spécialiser. L’Allemagne s’en sort mieux, elle exporte d’avantage ici. Pourquoi est ce que vous ne vous spécialisez pas plus ? ”

- “ D’un point de vue économique je suis d’accord avec vous. Mais justement c’est une des questions auxquelles nous devons faire face en France. Il n’y a pas que l’économique qui prime. C’est la différence avec la conception anglo-saxonne du monde, où tout est lié à l’économique. Et je dois avouer que là encore, le monde semble s’être rallier à cette conception des choses: l’économie comme fin en soi. Pourtant ce n’est pas comme cela que nous concevons les choses. L’économie n’est qu’un moyen pour permettre le fonctionnement de la société. Elle est importante bien sûr, un bon niveau économique permettra à la population du pays de bien vivre etc… mais nous pensons aussi qu’il est important de développer les arts, la culture. Selon nous, la politique ne peut pas se résumer à l’économique. C’est notre force et notre faiblesse.”

- “ Bien sûr, vous les français vous êtes plutôt intellectuels et romantiques, vous voulez avoir un mode de vie confortable. Mais c’est la compétition, ils vous faut vous spécialiser davantage, sinon vous allez perdre votre puissance. Les allemands l’ont davantage compris. Nous, en Chine, nous développons nos propres industries et nos entreprises, c’est pour cela que nous nous développons si vite. ”

- “ Je comprends ce que vous voulez dire. Et vous avez raison, de toute façon il est évident que nous devrions avoir une politique européenne davantage entreprenante et que nous ne pourrons pas conserver notre puissance si nous n’augmentons pas cette coopération à l’intérieur, alors que les Etats Unis commencent à perdre de leur puissance. Mais je pense que justement l’économie n’est pas tout et en ce qui concernent les nouveaux enjeux politiques, notamment le rapport à la culture et à la religion nous sommes en avance. Chez nous, le politique n’a pas les moyens de stimuler l’économie, ici c’est différent, une grande partie des compagnies sont des entreprises d’Etat ou restent sous le contrôle de l’Etat, mais chez nous comme je l’ai dit, il est très difficile d’édicter des règles contraignantes et les opportunités de développement se trouvent ailleurs. Aussi, le rôle du politique se concentre davantage sur la gestion de la société et de faire en sorte que les différentes populations cohabitent bien ensemble.”

En réécrivant ces lignes je me rends compte de la différence de situation dans laquelle nous nous trouvons. Alors qu’aux Etats Unis, l’ambition et la volonté de richesse pousse toute la population à adopter pour moteur de la société la croissance, et que cette dynamique permet aux EU d’être une puissance économique, nous avons en Europe une position plus modérée qui considère le travail comme quelque chose de nécessaire mais aucunement comme une fin en soi et le garant d’une vie épanouie. Certains pays occidentaux suivent certainement cette ligne de conduite (RU, Allemagne) et il serait peut-être davantage pertinent de faire une différence entre les pays ambitieux économiquement et les pays ambitieux politiquement et culturellement (France, Italie, Belgique, Espagne et sans doute d’autres pays francophones, … la Grèce ? cette carte ressemble à  s’y méprendre aux grilles de Standard & Poor ! ) pour comprendre nos trajectoires économiques, plutôt que de les lire selon une opposition Nord/Sud. Toujours est-il que la Chine (et les autres pays émergents) fait incontestablement partie de la première catégorie qui s’est ralliée à l’économie de marché comme moteur de développement. Les résultats économiques sont bien là, mais ils ne me convainquent pas de changer de modèle pour autant. Nous av(i)ons jusqu’à maintenant un autre projet de développement que nous sommes en train d’abandonner alors que nous réalisons à peine notre retard économique. Nous ne sommes pas compétitifs, c’est vrai. Mais nous avons une autre ambition que de nous tuer à la tâche toute notre vie, pour la seule gloire d’être une puissance économique. Nous avons là volonté de construire une société civilisée plus que développée, du moins c’était le projet (oublié) de la IIIe République. Depuis nos présidents ont soit manqué d’ambition ou de courage pour porter ce projet à l’international (excepté De Gaulle en son temps). Nous nous sommes rapetissés en refusant de nous opposer à nos alliés en assumant des spécificités françaises, ou plutôt méditerranéennes et en oubliant de porter cet héritage dans les débats sur l’Europe. C’est sans doute cette incompréhension, volontairement ignorée ou savamment entretenue qui est à l’origine de la stagnation du projet européen. Nous n’arriverons pas à relancer la machine européenne, et la crise grecque en est l’exemple le plus emblématique, tant que nous n’aurons pas exprimée nos conceptions divergentes du développement et des ambitions que nous avons chacun séparément pour nous sociétés européennes. Les pays sud européens ne peuvent décemment pas se reposer sur la productivité allemande sans apporter autre chose à l’Europe, mais peut être est il intéressant de constater que l’apport de ces pays n’est pas de l’ordre de l’économique mais du philosophique et du culturel. Je ne sais pas si une telle répartition des tâches serait équitable ou acceptable pour l’Allemagne par exemple, mais je ne pense pas qu’une harmonisation forcée des pays “moins productifs” (économiquement et non pas culturellement) au pas allemand, ou une mise en musique à l’anglo-saxonne, soit plus satisfaisante. Reconstruire le pacte européen nécessite de se poser les vraies questions. Cela implique de plus grandes marges de manoeuvre à la réflexion collective, cela nécessite de laisser les peuples la possibilité d’exprimer leur revendications et leurs conceptions de l’avenir. Seulement à cette condition et sur ces bases sera-t-il possible de chercher les bases communes d’un nouveau projet qui aurait l’accord des peuples et qui ne serait pas vécu par eux comme un dictat de bureaucrates, à l’image de celui dont fait actuellement l’expérience la Grèce.
Mais je ne suis pas allé jusque là dans ma réflexion avec mon interlocutrice et nous avons continué à débattre. Je me suis contenter de lui répondre que “ L’Europe, ou au moins la France, a une conception différente de la politique et qu’elle accorde plus d’importance à la culture et à la citoyenneté, aux droits et à la liberté qu’à la seule économie.”

- “ Je pense que les changements économiques viennent les premiers, s’en suivent le développement de la culture, et les réformes politiques.”

Je ne pense pas que sur ce point elle ait tout à fait raison. Même si ce schéma progressif de développement est souvent utilisé par les théoriciens de la “transition” -généralement anglo-saxons- pour voir dans le développement de la Chine une étape vers la démocratie, les chercheurs plus pessimistes sur la question, soulèvent la déconnexion qui existe entre ces différentes sphères. Qui plus est l’exemple américain devrait pourtant être cité en contre exemple puisque ce sont ses bases démocratiques et son héritage culturel (européen) qui ont été (en partie) à l’origine de sa puissance économique (plus sa population, sa nature de foyer d’immigration, son enthousiasme pour l’initiative individuelle et sa foi dans la Manifest Destiny). Pourtant la pseudo hégémonie intellectuelle du soft power américain peut être comprise de bien des façons différentes. Et de nombreux auteurs (Ch. Lasch, J.C. Michéa) ont montré que l’inféodation de l’ensemble des secteurs de la vie humaine et particulièrement de la culture à l’économie avaient fait des ravages dans la société américaine. L’écran de fumée créé par la “réussite économique” (à crédit) continue de fonctionner (et sans doute encore pour quelques temps), la maison à crédit et l’American way of life continuent de faire rêver, mais sans doute que la crise des supprimes était le dernier avertissement que ce modèle n’était pas viable pour un pays si vaste soit-il, et a fortiori pour le reste du monde qui essaye de l’imiter. Ainsi la paupérisation constante d’une part de plus en plus importante de la population américaine allant de pair avec la constitution d’une classe de super riches, les problèmes liés à la santé, l’inégalité dans l’accès à l’éducation… ces exemples et bien d’autres devraient suffire à prouver qu’il est possible de lire la trajectoire de développement économique à l’envers, quand celle-ci est privée du soutien du développement d’une culture réellement démocratique, autant en ce qui concerne les arts que la citoyenneté, à travers des institutions égalitaires, redistributrices et méritocratiques. Mais la Chine n’en est pas là. Et le mythe du développement continue à faire rêver les peuples d’un avenir qui chanterait pour ceux qui se lèveraient tôt. Pour ma part, je doute d’une telle hypothèse. Et la Chine comme d’autres avant et après elle, subit et subira encore plus fortement un processus de fragmentation social proportionnel à sa croissance, si elle ne se dote pas des outils politiques de répartition de la richesse et d’un système administratif plus transparent et plus efficace pour assurer l’organisation et le fonctionnement d’une société développée.
C’est en ce sens que le pari de la civilisation sur le développement n’est pas un défi totalement perdu pour la France, du moins si elle réussie à en retrouver les fondamentaux et arrive à les faire partager à ses partenaires européens et au reste de sa zone d’influence qui fut un jour, mondiale.

Evidemment ces considérations ne permettent pas de dédouaner la France d’une réflexion sur la manière de relancer son économie par l’innovation et l’ambition. Mais il existe déjà des groupes et de projets de portée internationale en France et en Europe, liés aux nouvelles technologies, à l’automobile, à l’aviation, à la grande distribution, aux produits de luxe ou de qualité, à son terroir et à sa culture, dans le tourisme et dans les technologies de l’information, dans sa culture cinématographique, sa littérature et dans les autres domaines artistiques…
Enfin la question qui se pose en France et qui mériterait d’être posée ailleurs et celle du bien vivre. Il n’est pas question d’abandonner cet objectif pour une fuite effrénée vers la croissance, censée être synonyme de progrès, après avoir été à l’origine du développement. Cet objectif, qui gagnerait à figurer davantage dans les programmes électoraux à la suite d’une réelle prise en considération des enjeux auxquels il faudra faire face pour y parvenir, implique une réflexion plus profonde sur la place à donner à l’économique dans la réalisation du projet démocratique, qu’il soit national, européen ou à terme, mondial. Il est stupide de défendre une démocratie des droits si celle-ci ne s’accompagne pas d’une démocratie économique, où les groupes économiques les plus puissants sont soumis à certaines règles et les financiers renvoyés face à leurs responsabilités. Il est impossible de concevoir des “démocraties” susceptibles de s’insurger contre le non respects des libertés politiques dans certains pays et d’imposer en même temps des programmes économiques illégitimes à des populations entières de l’autre. Là encore, l’exemple Grec nous renseigne sur l’impasse dans laquelle nous nous sommes volontairement enfermés en refusant de nous poser les vraies questions, nationalement, mais également collectivement aux niveaux européen et international. A ce titre, la parenthèse Sarkozy aura sans doute été la plus grande perte de temps à une période pourtant cruciale de la transformation économique en cours parmi les pays supposés “développés et démocratiques”. Dans les années à venir, ces deux termes n’iront plus de paire comme ils semblent l’être aujourd’hui. La Chine sera sans doute le révélateur de cette déconnexion puisque les succès de son développement pachidermique pourraient bien au final n’ accoucher que d’une pauvre petite souris réformatrice. L’avenir le dira.

Voilà pour cette première discussion avec une simple restauratrice dans un centre artistique installé bien à l’écart du centre économique et des quartiers d’affaires, perdue au milieu des usines poussiéreuses et des travailleurs fatigués. A vrai dire, j’en ai sans doute plus appris sur une nouvelle façon de voir mon propre pays que sur celui que j’étais venu étudier. Mais c’est ça le principe des voyages, rencontrer les autres pour changer son point de vue et avoir une autre perception de soi-même.


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4 mars 2012

Cours de Français

Petite surprise, juste avant mon départ, Zhang a prévu de m'emmener dans l'école où sa soeur enseigne l'Histoire.
Quand il m'a proposé j'ai accepté sans vraiment y réfléchir, mais quand il me dépose devant l'entrée de l'école je commence à réaliser... Je vais devoir faire un cour devant une classe de 40 élèves chinois... et je n'ai rien préparé.

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En entrant dans la salle je suis un peu intimidé, c'est une classe de lycée, les élèves ont un quinzaine d'années. Du coup la prof m'interroge et me demande de me présenter. Je raconte un peu ce que je fais ici, et je leur demande ce qu'ils savent de l'Histoire française. Napoléon ! Cri l'un d'entre eux. La France n'est qu'une petite partie de leur programme d'histoire plus focalisé sur la Chine bien sûr mais aussi les Etats Unis et la Révolution industrielle en Angleterre. Je profite de l'occasion pour leur parler de politique. "Oui, Napoléon, mais qu'est ce qu'il y a eu avant, un grand évènement, en 17..." Heu pas de réponse, alors je leur demande comment on est passé d'un roi à une république... et petit à petit ils arrivent à faire le lien avec la Révolution! Mais c'est intéressant que la Révolution ne figure pas en tant que telle dans leur programme.

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De même je leur demande quels autres pays dans le monde parlent français, pour voir comment ils évaluent l'influence française à l'étranger... Ils pensent tout de suite au Canada, mais ne semblent pas trop au courant pour la Suisse et la Belgique. Plus intéressant, s'ils pensent au Maroc ils oublient le Vietnam !

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Enfin je leur parle de nos Présidents, de l'élection à venir, de la fin programmée de Sarkozy, je pense que c'est avec moi qu'ils auront entendu parler pour la première fois de Hollande !! :)

Chirac a réussi à se constituer une impressionnante aura à l'étranger. Tout le monde le connais (avec De Gaulle) on ne peut pas en dire autant des autres...

Dernier petit détail marrant, en Chine chaque école à un uniforme, et les salles ne sont pas chauffées, c'est pour cela que tout le monde porte une verte blanche et rouge, coïncidence, la mienne est de la même couleur, je me fonds dans le décor, je suis moi aussi un jeune étudiant chinois  !

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Voilà c'était la France, vu par 河龙老师 à destination des élèves chinois.

4 mars 2012

Denière journée dans l'Anhui

 

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Pour la soirée, Zhang et Honghong ont recontacter une autre élève que j’ai connue à Shanghai, Tang, une maman d’une quarantaine d’année, elle bosse pour la partie chemin de fer de Masteel et je me rappelle bien d’elle car elle a une voix super cool, un peu nasillarde, comme si elle était enrouée. Nous avons rdv au … UES, le café où je m’étais arrêté la veille ! En fait UES se prononce youise en anglais ce qui phonétiquement signifie “qui a de l’intérêt” en chinois 有意思…
On se retrouve donc tous autour d’un petit repas à la chinoise (19h00) avec Zhang, Hong, Tang et son fils ! On échange quelques souvenirs sur l’époque shanghaiese, c’est sympa.


Tang était super contente de me voir, du coup elle a proposé me faire visiter les environs le lendemain avec sa famille. Elle vient me chercher avec son mari et son fils et ont part pour une excursion en voiture dans la campagne au NE de Ma’anshan.

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On passe devant la prison flambant neuve de la ville qui est assez grande pour accueillir plusieurs miliers de détenus, elle est installée en rase campagne loin des citadins. 

Sur les collines environnantes on aperçois des cimetières -Etonnant ! je croyais qu’il n’y en avait pas en Chine-. En réalité les paysans continuent d’être enterrés alors que la majorité des chinois préfèrent se faire incinérer.

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On continue la route en traversant des villages, l’Anhui est encore assez rural, et on arrive au niveau d’une colline au milieu des champs de thé. La colline est un mémorial-cimetière pour les soldats tombés pour libérer le pays des japonais. La vue sur la campagne environnante est superbe, des collines verdoyantes couvertes pas les arbres ou les théiers.

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Tang me propose de rester chez elle plutôt qu’à l’hôtel, je saisis l’occasion car on s’entend très bien. Ils habitent dans un ancien appartement dans un quartier résidentiel, style communiste. Le quartier rassemble une cinquantaine d’immeuble de 5 étages, et doit pouvoir loger 5000 personnes. Les bâtiments ont vieilli mais ils restent en bons état et sont en cours de rénovation.
Il y a deux chambres une cuisine, une salle de bain et une salle à manger dans l’appart situé au 5e étage. Les gens se croisent dans la cage d’escalier, et c’est la mère du mari de Tang qui vient préparer la nourriture. Elle est toujours souriante et on discute un peu.

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La belle-mère de Tang à droite (super cuisto)

La ville s’est dotée d’un nouveau centre administratif et culturel au sud avec la nouvelle mairie, une immense bibli, un musée pour la ville, un opéra et le musée de l’urbanisme. Of course I want go there, Xie, le mari de Tang, qui sourit tout le temps, il est génial, propose qu’on y aille passer l'aprem, il me donne plein d’infos sur les migrants qui partent de l’Anhui et sur sa propre situation de travailleurs dans une entreprise d’état dans une ville en pleine expansion.
Le musée de la ville et pas mal, il essaie de lier la ville (vieille de 50 ans) à l’histoire classique chinoise, la ville de dangtu notamment et même les civilisations agricole de la région…
Le musée de l’urbanisme est fermé, il ouvre le mois prochain. J’espère avoir l’occasion d’y retourner.

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Le soir on passe au Auchan ouvert l'année précédente car j'ai prévu de leur cuisiner un plat français. Ce sera des tagliatelles au champignonns !! Pas besoin de four... Du coup la cuisine est en pleine effervescence pendant que je cuisine, le mari de tang m'aide avec les wok, il n'y a que deux feu et il faut faire cuire trois plat en même temps, mais on s'en sort bien !

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Honghong et Liao sont venues pour l'occas' et la belle-mère de Tang est là aussi, elle apprécie le repas et me donne quelques conseils pour relever un peu la sauce !! On fini par un dessert cosmopolite: des fraises achetées l'aprem dans la campagne ... à la chantilly !

25 février 2012

Déménagement - et virée dans la campagne

Réveil à 7h00 donc, les parents de Honghong passent me chercher à mon hôtel, on sort de la ville en direction de la mine, à 10km environ on arrive devant un grand complexe qui ressemble à une gated community, ça m’étonne que Honghong habite ici, elle a la trentaine, et est bien payée, mais elle ne roule pas sur l’or. Passée la grille, on suit un route digne des plus beau parcours de golfe américain, entre des arbres bien verts et un plan d’eau artificiel, mais surtout des villas à la Wystéria Lane, entassées les unes sur les autres sur des centaines de mètres. Le village du “Jardin du roi” est découpé en deux parties, les villas et des immeubles plus élevés, d’une vingtaine d’étages où habite Honghong.

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J’avais mal compris, nous ne sommes pas venus pour l’aider à déménager mais pour fêter son emménagement. Elle est déjà installée depuis hier. Du coup j’ai vraiment l’air d’une potiche, car je ne sais pas où me mettre n’ayant rien à-porter ! J’en profite pour discuter avec sa famille, quatre générations sont réunies sous le même toit pour l’occasion, Liao, sa mère -la soeur de Hong-, leur mère, et les grands parents (ancien cadre de la mine et "transporteuse" de denrées).

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Honghong parle super bien anglais, elle a une bibliothèque très riche, je souris en tombant sur Animal Farm de Orwell (“1984 est très bien aussi”) et Le Deuxième sexe de Beauvoir…

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Après avoir fait péter les pétards traditionnels (dans la cage d’escalier), pour chasser les mauvais esprits, on descend avec Hong et Liao faire un tour dans le compound.
Il y a environ 2000 appartements sur un espace assez réduit mais bien arrangé (200m x 500m), ce système de logements mixtes (villas mitoyennes, immeubles spacieux) et le mieux adapté pour loger beaucoup de personnes tout en conservant un standing assez élevé.

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L’appartement de Honghong mesure environ 50m2, à 500euros le m2, il lui revient à 250 000Y, mais les villas de luxe à quelques mètres de là, compte environ 200m2 et coûtent entre 1 et 3 millions de Yuans. Elles sont organisées en voisinage suburbain, et construite dans un style britannique. L’ensemble ressemble à un croisement entre Wystéria Lane et Notting Hill. Le lieu est assez agréable, un peu trop neuf, et complètement vide (seules 30% des maisons sont habitées). Il est bien placé, sur la route qui relie la ville à la mine (car la majorité des propriétaires travaillent pour des compagnies privées qui exploitent la mine) mais on sent vraiment qu’il a été taillé sur mesure dans le paysage environnant: un bois, une colline et la zone périurbaine très rurale.

A l’entrée, comme dans tous les compounds de ce genre, il y a un restaurant et un bureau chargé des transactions immobilières, au cas où vous voudriez en passant, acheter un appartement. On profite d’être les premiers à s’installer pour visiter le restau 5 étoiles flambant neuf, lui aussi au milieu de nulle part, mais s’étalant sur 3 étages, avec des pianos à queues, des salles à manger privées en marbres et des salons en cuir… pour un repas à minimum 400 euros !!!!!! Un délire d’opulence que l’on a du mal à imaginer au pic de son activité. Mais le gouvernement a prévu de construire une centre international des congrès à quelques centaines de mètres de la résidence, encore une autre percée dans la campagne !

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Je rentre à l’hôtel vers 11h. Zhang vient me chercher avec sa voiture à vitesses automatiques, nous partons visiter le comté voisin, le village de Dangtu 当涂 . Là encore je pensais tomber sur un petit village, mais la ville qui ne compte que quelques dizaines de milliers d’habitants, s’est elle aussi rapidement développée. Elle longe un canal qui provient du Yangtse ce qui lui a permis de s’enrichir considérablement. Pourtant, dans la hiérarchie des villes chinoises, elle ne serait même pas considérée comme telle (seulement un county administré par 马鞍山).

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Après un super repas de poisson avec Zhang, sa femme, sa fille et sa nièce Zhang Zhiyu 张智愚, on reprend la voiture pour aller visiter le tombeau de Libai 李白, un poète chinois de la dynastie Tang romantique et libre penseur qui avait soif de liberté et d’alcool.
Pour plus d'infos : http://en.wikipedia.org/wiki/Li_Bai

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C’est un super jardin chinois, aménagé il y a 30 ans, tiens !, sur la tombe du poète. Des stèles calligraphiées présentes ses poèmes les plus connus et on déambule -malgré le froid- à travers le parc verdoyant et entouré de montagnes.

花間一壺酒。 A pot of wine, under the flowering trees;
獨酌無相親。 I drink alone, for no friend is near.
舉杯邀明月。 Raising my cup I beckon the bright moon,
對影成三人。 For her, with my shadow, will make three people.
月既不解飲。 The moon, alas, is no drinker of wine;
影徒隨我身。 Listless, my shadow creeps about at my side.
暫伴月將影。 Yet with the moon as friend and the shadow as slave
行樂須及春。 I must make merry before the Spring is spent.
我歌月徘徊。 To the songs I sing the moon flickers her beams;
我舞影零亂。 In the dance I weave my shadow tangles and breaks.
醒時同交歡。 While we were sober, three shared the fun;
醉後各分散。 Now we are drunk, each goes their way.
永結無情遊。 May we long share our eternal friendship,
相期邈雲漢。 And meet at last on the paradise.

Drinking Alone by Moonlight (月下獨酌)

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25 février 2012

Soirée

Je rentre en grimpant dans le premier bus direction le sud, et je m’arrête dans un … Café, oui ! j’en ai trouvé un, sympa en plus, mais on ne peut pas se connecter au net… Pas grave c’est depuis ma nouvelle tanière que je rattrape le retard accumulé pour ce blog. Ce café est un mixte entre un fastfood et un starbuck, mais il y a des banquettes et des baies vitrées, je me pose une heure ou deux avec mon thé vert dans ce “UES”, étrange nom…

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A peine rentré, Zhang frappe à ma porte, il veut m’emmener dans un pub boire une bière !! mais avant nous accompagnons son neveu, qui passe un entretien avec une prof de erhu 二胡, l’instrument de musique traditionnel que l’on entend dans les parcs chinois. Il émet un son aigu, mais assez mélodieux et mélancolique quand c’est bien joué, parfois accompagné de chants (voix aiguës de femmes)…


Le neveu a moins de dix ans, mais il en fait déjà depuis 3 ans, la prof n’a pas l’air commode, elle habite dans un quartier récemment construit, et il fait moins 10 ° dans son appart’ (puisqu’il n’y pas de chauffage), ce n’est donc pas super chaleureux pour l’élève qui sait qu’il doit faire ses preuves pour être accepté par la prof -qui a déjà beaucoup d’élèves. L’entretien est super lent, au début, je n’ai pas compris que c’était un test, je m’attendais à ce qu’elle lui pose des questions, du genre : “Pourquoi tu apprends, le er hu, quel est ta chanson préférée…” rien de tout ça, la prof ne s’adresse qu’à sa mère, l’enfant regarde fixement son pupitre, emmitouflé dans sa doudoune bibbendom, la mère et sous pression, Zhang sort son appareil photo pour filmer son neveu… Tout semble maladroit! Pour rétablir la situation, une prof de musique américaine chaleureuse et amicale aurait commencé par se confondre en excuse pour l’absence de chauffage, elle aurait rassuré le “potentiel futur élève” ($$$), aurait complimenté sa mère, posé quelques questions à l’oncle (et éventuellement à l’étranger). Là non, elle fixe l’enfant et lui demande de but en blanc de jouer un morceau, ce dernier s’exécute un peu maladroitement, elle le regarde un peu embarrassée, demande un autre morceau, silence. La mère interroge sur un ton peu rassuré, “Il n’a pas le bon niveau, il n’y a rien à faire” lance la prof/ “Il ne peut pas entrer dans le niveau supérieur (le groupe que nous avons dérangé en arrivant en retard car on ne trouvait pas la salle de répétition improvisée dans ce nouveau bâtiment, elle n’était pas indiquée…) composé d’élèves de son âge QUI ONT APPRIS DEPUIS AUSSI LONGTEMPS QUE LUI”, précise-t-elle, il ne peut pas non plus aller dans le niveau débutant, “ce sont des bébés”. Le gamin ne scille pas. “Mais tu es adorable, n’est ce pas qu’il est adorable?…”

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La maman revient à la charge, mais sans poser la question directement: “Mais alors comment faire?” / “Comment faire…” s’interroge la prof, “comment faire?” s’ensuit un long silence (d’intense réflexion) avant qu’elle ne relance le problème, “il n’a pas le niveau, c’est très embêtant!” Merci! On avait cru saisir le message…

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Mais au lieu de refuser -elle est dans son bon droit puisque c’est elle l’expert-, ou de la jouer franc-jeu en proposant de lui donner des cours particulier (et non en groupe) pour se faire plus d’argent, elle tourne autour du pot. Si bien qu’au bout d’une heure et demie d’indécision elle se trouve obligée de nous jouer un morceau, sans doute pour accélérer la conclusion de la transaction (elle s’est décidé à préciser qu’il lui faudrait beaucoup travailler - sa mère à eu le malheur de lui dire que son fils ne pratiquer que 10min par jour… - et que les cours particuliers étaient à 200Y de l’heure, soit le double du précédent prof). Après avoir écouté la douce mélodie de Jasmin 茉莉花 (molihua), nous nous retirons (époustouflés mais grincheux), car la leçon coûte cher. In the end, personne n’a demandé au jeune pourquoi, ni même si il aimait le er hu, et pourquoi il voulait apprendre à en jouer… - Incompréhension culturelle -

Zhang me propose une nouvelle sortie, il connait un bar -monté par un américain depuis en vadrouille- le Cow Boy où boire une bière dans le coin.
Soirée très sympa, dans un vrai bar, la musique est un peu forte, mais la Carlsberg délie la langue et on discute à bâtons rompus pendant deux heures, de nos voyages respectifs, lui en Europe, moi en Chine. J’ai vraiment un bon feeling, on rentre vers 00h car je me lève à 7h00 le lendemain pour aider Honghong à déménager dans son nouvel appartement.

25 février 2012

马鞍山城市

Liao me raccompagne jusqu’à l’arrêt de bus, mais, sans carte, je me perds en tentant de rentrer à l’hôtel, une tentative vers l’est, le sud, enfin vers l’ouest qui me permet de retrouver mon hôtel (宾馆).

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Mon hôtel (69 yuans la nuit, 7 euros)


Un peu plus tard dans la soirée, Zhang, passe me cherche pour m’emmener au Wall Mart 沃尔玛特, manger dans un fastfood local et voir un film en 3D, “L’île mystérieuse”, un blockbuster américain aussi ridicule que rafraichissant.
Zhang est très sympa, il approche la cinquantaine, a un bon boulot chez MaSteel, il fait partie de la nouvelle classe moyenne qui a bénéficié, même en province, du décollage économique de ces dernières années. Il a une nouvelle voiture, vient d’acheter un appartement, parle anglais, a eu l’occasion de venir en Europe à plusieurs reprises (notamment grâce à son travail), il a une fille unique et sa femme qui gère d’une main de fer les affaires de la famille.

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Zhang Xiang

Pendant mon séjour à Ma’anshan, Honghong, Liao et Zhang s’occupent de moi à tour de rôle ! 洪虹 est pas mal occupée, du coup j’ai passé pas mal de temps avec sa cousine.

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Ce matin on est allé sur le site le plus important de la ville, la mine de maanshan. C'est une des plus grande mine à ciel ouvert du sud de la Chine! On y extrait de l'acier depuis 50 ans et c'est grâce à cette richesse que la ville a pu grandir considérablement. Je suis reçu par le supérieur de Honghong qui est super content de me faire visiter le site et dans la cantine on nous invite dans la salle des officiels, derrières les cuisines pour manger avec les responsables des opératons. On assiste même à une explosion. Le site va fermer dans les années à venir car la mine a été quasiement entièrement été exploitée. J'en profite pour raconter à Honghong les problème économiques causé par la désindustrialisation dans les pays occidentaux. En effet, la Chine va bientôt être confronté aux même enjeux postindustriels que ... Le Ch'Nord. Pendant que le responsable du site me raconte comment l'histoire de la ville est inextricablement lié à celui de la mine, je ne peux pas m'empécher de penser au sort qui attends les 2000 ouvriers qui vivent essentiellement grâce à elle et qui seront bientôt menacé de licenciement, quand il faudra fermer le site.

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Avec ce temps de chien, Liao est tombée malade, du coup, j’ai quartier libre pour aller visiter la ville. Heureusement qu'elle, m’avait guidé la veille jusqu’au centre-ville, je me repère plus facilement.

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Parti à la recherche du musée de l’urbanisme de Ma’anshan (et oui, il y en a un!), je reviens sur les pas de la journée précédente, au milieu des deux grands parcs de la ville et du lac. L’artère principale, 湖东中路 hudongzhonglu est bordée par les commerces typiques des “villes de 3e rang”, des magasins d’électroniques, ou de fringues bon marchés. Je remonte vers le Nord, jusqu’à l’ancien centre-ville - celui en vogue dans les années 90’s - il est plus proche de la gare, des écoles et des marchés de rues. Je me balade dans ces quartiers que je trouvais pittoresques lors de mes précédents voyages, mais petit à petit je me rends compte que ce que l’on identifie comme pittoresque ou authentique, n’est souvent rien d’autre que la pauvreté et le sous développement. En regardant la piètre qualité des marchandises vendues par les marchands de rues, je suis obligé d’accepter que les classes moyennes soient à la recherche de produits de meilleure qualité, avec une plus longue durée de vie, un service après vente, une marque… La Chine a commencé sa “deuxième mutation”, la production de biens de consommation de niveau supérieur pour satisfaire la demande d’un marché intérieur émergent. Cela s’accompagne d’une transformation des modes de vies et de l’organisation sociale, à tous les niveaux, dans les grandes comme dans les petites villes, avec l’abandon des marchés de rues où les égorgeurs de poules discutent avec les vendeurs de téléphones portables, et où les femmes vendent des casse-croutes à emporter, cuisinés dans la rue. Les gens préfèrent les quartiers plus neufs, les restaurants plus propres, les vendeurs plus expérimentés… Ils sont… comme nous !
C’est ça le plus dur, accepter la démystification, accepter de comprendre qu’aujourd’hui la Chine (urbaine) n’a plus rien d’original, ni de pittoresque. Bon n’exagérons rien, la transformation n’est pas encore complètement achevée, et un des gros enjeux à venir, ce n’est pas tant l’encadrement de cette croissance (un job relativement assez aisé quand on y pense) mais ce sera bientôt la capacité du gouvernement à amortir la fin de croissance exponentielle et le début de la stagflation. Car les signe avant coureurs sont déjà là. Le niveau de vie a tellement augmenté ces dernières années qu’il ne peut que connaitre le même sort que le notre à la fin des années 80’s.

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Les chinois de la classe moyenne sont bien en peine de savoir quoi faire de leurs nouveaux revenus, d’où la spéculation immobilière, le boom des placements boursiers de petits porteurs, l’engouement pour l’achat d’une voiture individuelle… C’est le rêve chinois qui se concrétise, la possibilité pour chacun d’augmenter son niveau de vie (fois 1,3 milliard). Le problème réside dans (l’apparente?) absence de planification. Que chacun se batte pour avoir ce qu’il y a de mieux c’est bien normal, mais en l’absence d’une régulation forte, d’un projet de développement cohérent pour canaliser les initiatives, les flux et les investissements, comment s’assurer que ces multiples bulles ne vont pas exploser, comme l’immobilier en Asie du Sud Est en 1997, en Espagne en 2009, comme la bulle internet ou les arnaques boursières des années 2000? Car cet argent ne sort pas de nulle part et n’est pas “donné”, il est “libéré”, c’est le potentiel de développement du pays qui s’échappe telle une volée de pigeons après un coup de feu, on peut (on doit?) essayer de l’attraper en vol, mais quoiqu’il arrive, elle nous glissera entre les doigts et l’argent retrouvera sa route malgré les courants dans les routes migratoires internationales, dans le sièges des grands groupes, des grandes banques, ou dans les paradis fiscaux.

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Je crains que comme en occident, la réalité circonstanciée du développement nourrisse l’illusion plus tenace de la richesse éternelle, et, quand ils se rendront compte que leur maison à crédit (sur 20 ans) leur revient extrêmement cher en entretien (pour mention, les nouveaux appartements en Chine ne sont pas équipés de chauffage, mais seulement d’air conditionné 空调, alors qu’il fait très froid en hiver, pratique culturelle? ou magouille des entrepreneurs qui conservent le monopole sur les services et sur les charges dans les condos qu’ils construisent?), qu’elle a été faite avec des matériaux de qualité très moyenne alors que vu la taille des investissements en cours, un peu de pierre, des isolations plus sures, un effort sur les économies d’énergie, ne seraient pas inimaginables, et surtout qu’il ne sera pas possible de maintenir un niveau de développement à ce rythme pour les générations futures a moins d’hypothéquer définitivement leurs chances de vivre dans un environnement saint et qui ne soit pas complètement pollué, alors il est fort probable, que cette rassurante confiance en l’avenir s’effacera pour laisser place à la désillusion… D’ici là, le gouvernement aura peut-être pris les devants, en proposant des réformes aussi audacieuses qu’indispensables, en fixant des limites spatiales à l’urbanisation pour protéger les zones périurbaines agricoles, en établissant un système plus lisible et égalitaire de sécurité sociale, en augmentant ses investissements dans l’éducation, notamment dans les filières professionnalisantes (pour éviter le chômage des sur-diplômés), en développant systématiquement les transports en communs (et ça c’est du pain béni pour JC Decault), mais aussi en donnant plus de place à la culture dans les investissements modernes.

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